Éternelle tristesse sous une lune rose

J’ai devant les yeux cet après-midi un ciel nuageux, parfois ensoleillé, entrecoupé de quelques gouttes de pluie. Un temps rêvé pour les météorologues incompétents. Rien de tel pour rendre l’Homme Scalp un peu ‘bleu’… vous savez ce genre de bleu dont parlent les faiseurs de chansons. Deux pièces me viennent immédiatement en tête. Pour vous les faire connaître, j’ai choisi des interprétations. Pourquoi? Parce que: archi-connues des amateurs de folk, qu’ils soient anglophiles ou adeptes de la chanson traditionnelle américaine, je pense qu’il est préférable de vous en faire connaître des versions pour vous permettre par la suite d’user d’un peu de curiosité et de creuser un peu pour obtenir les originales.

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Alors voilà: en premier lieu une pièce du répertoire traditionnel, « Man of Constant Sorrow ». Composée par Dick Burnett, un violoneux aveugle du Kentucky, la pièce a connu son air de gloire par les Stanley Brothers, mais a aussi été reprise sur chacun des premiers albums de Bob Dylan, Peter Paul and Mary, Judy Collins, Rod Stewart et Ginger Baker’s Air Force!

Mais il y a fort à parier que vous avez entendu la chanson sous le titre ‘I Am A Man Of Constant Sorrow’ dans l’interprétation fulgurante qu’en a faite le groupe fictif The Soggy Bottom Boys pour le film O Brother, Where Are Thou? (enregistrée par Dan Tyminsky) – un très gros succès country pour démarrer le millénaire, merci au flair légendaire des frères Cohen.

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J’ai connu pour ma part le classique dans une version plutôt obscure enregistrée par Kaleidoscope qui fut probablement le groupe psychédélique américain le plus éclectique à avoir vu le jour à la fin des années 60. La pièce, interprétée à la manière d’une douce balade, contraste avec la complainte mélancolique du texte mais ne manque certainement pas d’émotion.

L’année 2008 marquera le 40ème anniversaire du passage d’une étoile filante dans le firmament du folk anglais. Il faut remercier le légendaire producteur Joe Boyd d’avoir donné sa chance à Nick Drake qui en quelques albums a marqué l’imaginaire musicale d’une quantité considérable d’amoureux de la musique, de gratteux de guitare et de grands garçons désespérés, parfois suicidaires et aussi lunatiques que le britannique. Non seulement, Drake a-t-il frappé le milieu musical folk à son apparition, mais il a aussi vendu plus de disques la décennie suivant sa mort tragique que de son vivant (il aurait eu 60 ans l’an prochain). À ranger à côté de Fairport Convention, Incredible String Band, Syd Barrett, Richard Thompson, Robert Wyatt, Kevin Ayers ou Leonard Cohen.

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L’américain Beck – de son vrai nom Beck David Campbell – a publié 3 interprétations intéressantes et très respectueuses de l’oeuvre de Nick Drake, dont celle-ci (très jolie et bien ficelée): Pink Moon. Et c’est un bon point de départ pour les mélomanes peu familiers avec son œuvre. Sinon, enlignez-vous sur la compilation ‘Way to Blue: An Introduction to Nick Drake’. Recommandée pour les journées de spleen… car elles ne sont pas arrivées pour rien.

Kaleidoscope – Man of Constant Sorrow [Télécharger]

Beck – Pink Moon [Télécharger]

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