L’homme qui soulève 40,000 tonnes

Le visiteur occasionnel de L’Homme Scalp (surtout celui qui ne parle pas la langue indigène ou celle qui me lit là-bas au loin) pourrait en venir à se demander pourquoi son auteur ne commente jamais la scène artistique québécoise, ni ne diffuse ses trésors. Oui, pourquoi? Me demandez-vous.

Je ne saurais trop vous dire. Comme si l’idée d’avoir à me justifier me rendait tout à coup muet. Tiens, passons plutôt à Urbain Desbois. Connaissez? Un gentil garçon, pourtant. Propre de sa personne. Surtout propre de ses idées. Parce que des idées, il en a beaucoup et ça cavale dans sa tête. Alors, il écrit.

Ça donne de beaux résultats et des images émouvantes qui restent fixées à votre mémoire. Luc Bonin (son nom de baptême) fait de son mieux pour ne pas trop vous ennuyer avec du fla-fla littéraire; les phrases sont courtes, elliptiques, bien pesées et toujours efficaces. Parle de lui sans en avoir l’air. Décrit avec précision la réalité à laquelle il tente de s’extraire, pour parfois s’y replonger avec une poésie touchante et moelleuse.

J’aime Urbain. Depuis sa toute première cassette (Ma maison travaille plus que moi) et dans chacun de ses projets et collaborations (Dans l’arène où tu boxes, Plywood 3/4, Rhythm Activism), jusqu’à ses dernières réalisations en solo où on retrouve – derrière une manipulation habile des mots – une tendresse certaine et un certain goût pour la vie.

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Mes chansons ne ne servent à rien
C’est comme des ailes de colibri
Ça va vite vite mais c’est déjà fini
Trop petit le poème sur le bout de la langue

Butine mon coeur si ça te chante
Profite donc de l’occasion et pollinise ma tête

Mes chansons ne ne servent à rien
C’est comme des ailes de poulet
Ça nourrit pas son homme, c’est juste un amuse-gueule
Trop petit le poème en travers de la gorge

Arrache ma tête, elle me démange
Profite donc de l’occasion pour dévorer mon coeur.

(Mes Chansons ne servent à rien)

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J’ai des vagues dans la tête
Et des idées vagues
C’est comme à l’intérieur d’une valise
Après un long voyage

J’ai une tempête dans la tête
Et tout est à l’envers
Le bruit dans mes oreilles
Provient de l’intérieur

Combien de jours dure la vie? Je ne sais pas
Je sais seulement que des fois c’est trop dur
Et que ça prend tout mon temps
Combien de jours, combien de nuit
Je sais seulement que des fois c’est trop dur
Et que ça prend tout mon temps

J’ai des vagues dans la tête
Mais je n’ai pas le pied marin
Tout tourne un peu trop vite autour de moi
Je cherche à fuir, je vais tomber

J’ai un terrain vague dans la tête
Et j’y ai perdu ma boussole
J’aimerais bien la retrouver
Avant que ne tombe la nuit

(J’ai des vagues dans la tête)

 

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Comment veux-tu qu’on survisse?
On est tout’ au salaire minimal.
Y’a pas de danger de faire une overdose
avec des miettes.

Une mordée de pavé
C’est tout ce qui me reste à manger
Travailler c’est trop dur et voler c’est trop haut.

Les gâteux, les séniles qui tiennent le gouvernail
Y se sont pas rendu compte que le bateau est pu dans l’eau.

Moi, c’est vrai, je fais pas grand chose
Je tourne en rond dans mon salon
Les ronds du poêle
Les ronds de fumée
Les tours d’horloge
Les ronds de café.

Ça se pourrait ben que je rêve que tout va finir par changer
Mais j’aime ben mieux rêver
que de faire des cauchemars à l’année.

Les lendemains qui chantent
Qui chantent mais jamais pour moi
Les lendemains que se plantent
Les lendemains qui penchent
Toujours sur le même bord.

(Survicissitude)

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Deux chansons? D’accord. Mais SVP ramassez-moi donc l’album LA GRAVITÉ ME PÈSE et prenez donc vos billets pour son prochain spectacle (pour les gens de Québec, Urbain Desbois est au Petit Champlain le 18 octobre)

Urbain Desbois – La gravité me pèse [Télécharger]

Urbain Desbois – Tu n’as pas le temps [Télécharger]

One thought on “L’homme qui soulève 40,000 tonnes

  1. Je reviens du spectacle de UD au Petit Champlain. Urbain, si tu me lis: “Merci pour ta poésie qui me touche énormément et merci à la belle guitare Epiphone d’avoir trouvé son chemin jusqu’à tes mains…”

    C

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