Le Ukulele Club de Paris

« Il est né il y a plus d’un siècle; bien qu’il fait penser à un jouet et malgré son apparence de guitare miniature, l’ukulélé réunit à lui seul et sous un faible volume tous les rêves exotiques de paradis terrestre ». *

Après l’avoir entendu sur nombre de vieux albums, de 78 tours, joué par d’innombrables fantaisistes de la scène et du cinéma, je n’ai véritablement craqué pour l’ukulélé qu’après avoir entendu Tiny Tim interpréter ‘I Got You Babe’; armé d’un seul et ridicule petit instrument, le très étrange troubadour des années 60 livrait de sa voix haut perchée le double discours ô combien fromagé de Sonny and Cher!

Mon deuxième coup de coeur est venu de Joseph Racaille et de Cyril Lefebvre; les deux comparses, après plusieurs aventures électrifiées, électronifiées ou pas (ZNR, Video Aventure) ont offert chacun leur tour de véritables trésors d’albums dédiés à la musique oubliée, bien qu’inoubliable.

Ensuite Bob Brozman s’est occupé d’allumer le feu et d’entretenir ma passion pour la musique des îles. À la suite d’une conversation avec le guitariste américain – installé en résidence à Québec pour la tenue de plusieurs soirées passionnante avec René Lacaille dans le cadre du Festival d’Été – j’ai appris de la bouche de Brozman l’étonnante théorie selon laquelle la musique des pays occidentaux (et impérialistes) avait été créée pour aider les soldats à garder le pas (en langage musical, on parle d’un tempo 4/4, 1-2-3-4 et on recommence), alors que les musiciens insulaires du sud avaient inventé le contre-temps, un tempo issu d’une musique qu’il qualifiait de ‘défensive’ étant donné la nature même de leur pays conquis. En bon ethno-musicologue qu’il est et pour illustrer son propos, Brozman tapait des mains sur sa poitrine ou martelait de ses doigts le charango, un petit instrument bolivien à 10 cordes.

Il faut aussi souligner l’univers des néotraditionnalistes comme Robert Crumb et ses Cheap Suits Serenaders, Les Primitifs du Futurs et tout récemment le Ukulele Club de Paris. Ces derniers offrent d’ailleurs un environnement musical totalement enivrant et dépaysant, bien que très instructif pour les mélomanes aventureux. Tous issus d’univers mélodiques distincts et éclectiques, Dominic Cravic (guitariste d’Henri Salvador et de Pierre Barouh), Cyril Lefebvre, Fay Lovsky (une artiste accomplie des Pays-Bas), Silvano Michelino, Joseph Racaille (accompagnateur d’Arthur H), Pierre Sangra, Bradney Scott (bassiste d’Arthur H et de J. Racaille) et Tony Truant (guitariste des Wampas) écument les scènes européennes avec les chansons de leur album Manuïa et autres pièces du répertoire traditionnel des années 30 et 40.

** « Longtemps indissociable de la légèreté facétieuse et du décor tropical des vaudevilles hollywoodiens, l’ukulélé a été boudé, voire méprisé au cours de ces dernières années… Pourtant, petit et maniable, joli autant que modeste, aisément transportable, tout à la fois facile à jouer et digne des plus grandes virtuosités malgré ses quatre cordes et ses quelques frettes, l’ukulélé ne devait-il pas redevenir l’instrument moderne par excellence? De fait, fétiche du renouveau culturel des peuples maoris, chemise aloha en bannière du Tiki Art, arme absolue de la dérision musicale, il effectue aujourd’hui un come-back retentissant… »

Voici 4 pièces extraites de l’album Manuia du Ukulele Club de Paris. La dernière est probablement un hommage à Penguin Cafe Orchestra, pour les oreilles avisées parmi vous.

Inutile de préciser que l’enregistrement est un véritable petit bijou et que je vous recommande très fortement d’en faire l’acquisition. C’est du bonbon. Du grand art, de la légèreté et surtout du plaisir.

Ma princesse des mers du sud [Télécharger]

Java javanaise [Télécharger]

Chigadaging [Télécharger]

Manchot rade septet [Télécharger]

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 * celle-là, bien trouvé provient du site web du Ukulele Club de Paris!

** texte de présentation du site MySpace du Ukulele Club de Paris.

12 thoughts on “Le Ukulele Club de Paris

  1. Hou-la-la, cette fois vous vous etes surpassés monsieur Scalp! On a vraiment l´impression de recevoir une bonne pelletée de culture brute en pleine face.

    Et c´est une drole de coincidence que tu parle de l´instrument bolivien de M. Brozman parce justement c´est la que je suis, en Bolivie! Pour ingérer encore plus de culture, pas nécessairement musicale, voir mon carnet de voyage sur http://www.pasapas.net

    Ciao!

  2. Wow! Ramène de la musique et des images… ça va « mettre un peu de chaleur dans la froidure » comme dirait Gerry Boulet.

  3. Je suis tombe en amour avec la piece « Ma princesse des mers du sud ». « Je suis laid comme un poux, elle est belle comme un coeur », ca m’est assez familié.

    Un gars de Québec qui est dur a battre au Ukulele: Philippe Proulx alias Pepe. Sur un vidéo visionné sur bandeapart.fm, il fait un espèce de solo a se déboulonner les oreilles. A voir!

  4. Un autre truc a découvrir absolument:
    The Ukulady
    http://www.myspace.com/theukulady

    Elle fait des reprises mais ses chansons originales sont de loin meilleures. Une voix de canard écrapou qui me fait craquer. Écouter ‘Sunday Worship’ et vous comprendrez le concept.

  5. Je connais bien Pepe, une gloire de la région de Québec. Il a l’air un peu brouillon et mal rasé, mais sacrament que j’aimerais manier le jambon avec autant de talent! Quel guitariste!

  6. Je te suggère de contacter l’autodidacte Pépé ou Philippe Proulx et d’écouter ses deux derniers albums.

  7. Plusieurs petits commentaires me viennent en tête en ce moment: d’abord, le ukulele est un instrument hors norme qui se fait trop souvent reléguer au rang de jouet. Que l’ami Homme Scalp en parle et donne des lettres de noblesse me fait grand plaisir. Dans le premier film parlant du cinéma américain à avoir obtenu un oscar (me semble qu’il s’agit de Broadway Melody -- 1929), Ukulele Ike chantait « Signin’ in the rain » sous une douche de robinet avec des danseuses aux jambes longues et dodues. J’ai vu aussi un disque publié chez Verve d’un ukululéiste de jazz -- me souvient plus de son nom, et c’est triste!! À Montréal, un fou de Ukulele: Serge Lavoie, guitariste émérite. sergepierre@yahoo.com
    Bravo encore pour ces belles chroniques, Homme Scalp!!

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