Je me fais peur

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Le parcours du mélomane est ponctué de ces petits moments où la découverte fait place au plaisir pur causé la plupart du temps par un simple sursaut de curiosité. Prenez cet album The Flat Earth de Thomas Dolby paru en 1984. En plus de développer tranquillement un goût pour l’éclectisme, j’étais conditionné à cette époque par la musique pop qui était offerte par le marché aux gens de ma génération. Et je ne saurais vous dire exactement comment je suis arrivé à mettre la main sur cet album; tout ce que je sais, c’est qu’enregistré sur un ruban dioxyde de Chrome et lu dans le Walkman, ça sonnait pas rien qu’un peu, ça sonnait beaucoup.

Thomas Dolby est un petit prodige de la production et des claviers; le britannique avait déjà pété la baraque de la chanson pop avec She Blinded Me With Science (mon dieu! je me relis et je trouve que je commence à ressembler à un VJ de Musique Plus!) avant de lancer ce deuxième disque, une réussite à tout point de vue. La pièce I Scare Myself attira rapidement mon attention; un enrobage latino-américain, un bijou de production, la voix excellente et surtout un solo de trombone TRÈS efficace! Et j’adore le trombone. Le fait qu’il s’agissait d’une reprise était de moindre importance.

Thomas Dolby – I Scare Myself [Télécharger]

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Des années plus tard, je tombe par hasard sur l’album It Happened One Bite d’un certain Dan Hicks (la galette, retrouvée en usagée, dans un magasin de la rue Saint-Jean) a vite fait de m’intéresser. Hicks offre un swing-jazz largement inspiré du Hot Club of the France livré en plus avec un humour de bon aloi. Je commence à ramasser tout ce que je peux sur le bonhomme et je découvre un musicien hors pair, du bonbon pour les oreilles.

C’est à l’écoute de son album Striking It Rich que… bingo! je tombe à nouveau sur I Scare Myself et que je comprend ce qui a accroché Dolby. Un texte simple, une ambiance mexico-western, une complainte triste et lancinante, une mélodie construite sur deux accords, tout ça de façon efficace. Genre de pièce qui vous marque au fer rouge. Pour finir de m’achever, Dan Hicks est ensuite invité de mon émission fétiche NIGHT MUSIC diffusée à l’époque sur les ondes de la CBC (je vous en reparlerai) et le gars est aussi sympathique que je l’avais imaginé. Intelligent, vif, subtil et surtout TRÈS COOL.

Je suis obligé de remercier Thomas Dolby; c’est par SON intérêt pour la pièce que s’est ouvert pour moi une porte vers une certaine forme de swing-jazz-bluegrass et un musicien légendaire dont je peux très certainement affirmer qu’il a marqué la musique américaine.

Dan Hicks – I Scare Myself [Télécharger]

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