Beat, négritude, paix et amour

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Les pièces s’associent parfois toutes seules dans le lecteur. Et cette fois, elles révèlent des motifs beat, juxtaposés à des cris de ralliement pré-rap et des harmonies suaves et mélancoliques livrées par un commandant de vaisseau spatial. La période post-beat américaine a été illustrée avec humour par Mike Myers dans le film So I Married an Axe Murderer. Ah, la poésie des bars enfumés ou se rencontraient jazz et idées! Ken Nordine, un poète à la voix dorée (qu’il a prêtée de nombreuses années à la télévision pour arrondir ses fins de mois) a eu un jour (1966) l’excellente idée de consacrer tout un album aux couleurs de l’arc-en-ciel. Le résultat, surprenant, est toujours disponible sur l’étiquette Asphodel, dirigée par des personnes de bon goût, je dirais.

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Alors qu’au Québec, le mouvement hippie et ses grandes manifestations tardaient à entrer dans une vague significative, la fin des années 60 et le début des années 70 sonnaient déjà l’heure de la récréation pour bon nombre d’Américains. Le moment était venu de remettre en question le gouvernement et sa façon de diriger les affaires de l’état. Prenez par exemple un gars comme Gene B. McDaniels, simple chanteur soul à la voix impeccable. Inspiré par les grands mouvements sociaux, il décide de se transformer en Lef Reverend McD. ou Eugene McDaniels pour lancer un album vital pour le tout nouveau mouvement multi-ethnique en train de naître: Outlaw. Et ça fesse pas mal fort sur les administrations qui ont failli à faire respecter les grands idéaux de justice sociale et ont plutôt envoyé les petits gars se faire massacrer (à moins que ce ne soit le contraire) au Vietnam. Sans oublier bien sûr, un appel à la conscience de la race noire.

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Quelques années plus tard en 1974, un autre vocaliste et poète de talent, Gil Scott-Heron allait pondre une oeuvre majeure ‘The Revolution Will Not Be Televised’; alors que ses grands leaders étaient réduits au silence par la prison ou les balles de revolver (Malcolm X, Martin Luther King), une nouvelle génération d’artistes incitent le peuple noir à une action politique concrète. La pièce au texte très percutant, appuyée par des musiciens plus que solides (BRIAN JACKSON, RON CARTER, HUBERT LAWS) préfigure une culture rap en devenir (The Last Poets).

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Pour une raison encore obscure et qui reste à définir, j’ai décidé d’aposer à ces instants de grâce politico-musicaux un autre moment d’ironie sérieuse créée en 2004 par le toujours intense William Shatner: accompagné par le très excellent orchestre de Ben Folds, celui qui a passé quelques années dans la peau de James Kirk, livre un texte mélancolique et quelque peu décalé intitulé It Hasn’t Happened Yet. Il semblerait que je ne suis pas le seul à apprécier la suave poésie-prose de Shatner, parce qu’on retrouve aussi sur l’album Joe Jackson, Aimee Mann et Henry Rollins et que la pièce Common People a inspiré une oeuvre chorégraphique du Milwaukee Ballet.

Avertissement: l’album ‘Has Been’ de Shatner est addictif.

Ken Nordine – Olive [Télécharger]

Ken Nordine – Chartreuse [Télécharger]

Eugene McDaniels – Unspoken Dreams Of Light [Télécharger]

Gil Scott-Heron – The Revolution Will Not Be Televised [Télécharger]

William Shatner – It Hasn’t Happened Yet [Télécharger]

2 thoughts on “Beat, négritude, paix et amour

  1. Imagine Shatner au lit la nuit. Après quelques heures d’action, il lance: « It Hasn’t Happened Yet »…

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