J’ai de la chance

René Lussier accompagnait Jérôme Minière – un natif d’Orléans aujourd’hui Québécois – dans le cadre d’une tournée chapeautée par l’étiquette LA TRIBU. Le guitariste en a profité pour y pousser la chanson ‘J’ai de la chance’ un texte de Paule Marier (ne montez pas le son pour rien, au début du vidéo, René joue le son à zéro! Il fait ça des fois pour rire…) – Comme je me suis tapé l’album LE PRIX DU BONHEUR en compagnie de quelques amis au cours d’une soirée bien arrosée, il faut que je m’arrête sur le disque en question.

J’ai découvert René Lussier un soir d’écoute hasardeuse de CKRL-FM; le producteur faisait jouer ce soir-là FIN DU TRAVAIL, un véritable disque fait main, autoproduit et sans subvention. J’avais été frappé par le langage personnel du compositeur et par l’adresse du musicien. Un peu plus tard, René se produisait sur la scène du Cinéma Cartier avec le clarinettiste Robert Marcel Lepage pour accompagner les oeuvres du cinéaste Pierre Hébert; je n’ai jamais oublié cette incroyable performance et les improvisations énergiques créées ‘sur place’ en même temps que l’oeuvre filmique, elle même improvisée à même la cabine de projection (une technique assez particulière de grattage de la pellicule). J’ai par la suite rencontré les musiciens qui l’ont entouré, les artisans de l’étiquette AMBIANCES MAGNÉTIQUES et quelques un de ses collaborateurs.

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Dresser un bilan de la carrière de René est une tâche assez essoufflante pour le mâche-patates, encore plus pour les petits doigts sur le clavier. Il a fait sa place dans le milieu de la musique improvisée (il préférerait que je parle de ‘musique vivante‘) pour en devenir une des figures dominantes au Québec et un peu partout dans le monde. En 30 ans, il a composé 55 musiques de film, réalisé des dizaines et des dizaines d’albums, à titre personnel ou associé à de nombreux projets (Conventum, les 4 guitaristes de l’Apocalypso-Bar, Les Granules, Le Trésor de la langue, Les Patenteux du Québec, La Vie qui Bat, Les Moyens du Bord, Grand Vent) et collaborateurs (Jean Derome, Patrice Desbiens, Fred Frith, Eugene Chadbourne).

 

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De mon côté, après avoir passé plusieurs années à me taper les musiques assez radicales des improvisateurs montréalais pendant la décennie 80, je me suis retrouvé par la suite à Québec à multiplier les expériences auditives et radiophoniques avec l’ami JP. Et nous avons constaté avec étonnement que le chemin nous entraînait inexorablement vers les racines (certains diront que c’est normal et qu’à la fin de notre existence, on se retrouve en compagnie des racines) et une recherche inlassable des fondements de la musique nord-américaine. J’ai découvert par hasard un extraordinaire guitariste hawaïen nommé Sol Hoopi (merci aux compilations de Rounder Records) et par la suite une pléthore d’excellents chanteurs et musiciens de Honolulu. Des voix superbes, des guitares fantastiques et un langage mélodique insoupçonné.

J’ai été agréablement surpris d’entendre parler du projet CHANSONS de René Lussier. Et c’est avec enthousiasme que je me suis précipité sur l’album qui en a résulté. LE PRIX DU BONHEUR est, pour plusieurs mélomanes, une oeuvre assez déroutante. Habitués au délires métronomiques et orchestraux, les voilà confrontés à la simplicité absolue, à la sincérité déconcertante. René y poursuit toutefois son exploration, sérieux comme à son habitude. Ayant mémorisé (et probablement transcrit) des mélodies et patterns populaires de la musique hawaïenne, il a décidé de les intégrer à des chansons toute simples, aux textes sensibles de Paule Marier. Le résultat est d’une grande beauté et René a réussi là un de ses plus albums les plus dépouillés.

Voici comment René a décrit son expérience et la genèse du projet chanson :

 

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Il y a quelques années, alors que je faisais la musique d’un film d’animation, la réalisatrice m’apporte, pour m’inspirer, une compilation de chanteurs hawaïens enregistrés dans les années 1920-40. J’ai été totalement charmé par la beauté des mélodies et le lyrisme de leurs chants traditionnels (dont les racines autochtones étaient encore perceptibles à l’époque – rien à voir avec les succédanés hollywoodiens).

Pendant les années qui ont suivi, je me suis procuré tous les disques de musique hawaïenne que je pouvais trouver et j’ai commencé à noter des airs que je chantais en multipliant les « hooo-haaaa-hiiii-hooo-haaaai ». Frustré de pas comprendre un mot de ce que ça racontait, j’ai fini par demander à l’auteure Paule Marier – ma compagne- d’écrire de nouvelles paroles pour qu’on puisse chanter ces mélodies-là en français. Des amis nous ont rejoints, on a répété dans la véranda à la campagne et on a même chanté à la salle paroissiale du village en harmonisant nos voix et en imitant les lents vibratos hawaïens, accompagnés par un quatuor en chemises à fleurs.

Ce qui devait être le hobby d’un été dure depuis quatre ans et ça mijote encore. À quelques reprises, j’ai intégré des chansons dans mes projets de musique expérimentale et d’une mouture à l’autre, j’ai fini par avoir envie d’en faire un projet autonome et de les chanter tout seul. Tous les textes ont été modifiés ou ré-écrits dans cette optique. Le projet s’est transformé : Paule a eu envie de mettre des mots sur d’autres mélodies (non hawaïennes) que j’avais écrites et j’ai eu envie de composer des musiques originales sur de nouveaux textes à elle.

Avant, mes interventions chantées tenaient toujours de la parodie ou du pamphlet. Je les  » livrais  » à fond la caisse, sans me compliquer la vie, en m’inventant un accent ou un personnage fabriqué pour l’occasion : je prenais ma  » voix de mononc’  » comme dit mon ami Robert. Cette fois-ci, les mots que m’offre Paule exigent une sincérité et une vulnérabilité qui me forcent à ouvrir d’autres portes.

Avec ce projet-là, je poursuis mon trajet de liberté : l’exploration musicale et sonore sous toutes ses formes. J’ai fait de la musique expérimentale toute ma vie et c’est pas fini! Là, l’expérience, c’est de chanter des mélodies et des mots qui étonnent, émeuvent et parlent au monde en tête à tête tout en intégrant mon bagage et mes boîtes à outils de guitariste explorateur!

Fait que… je suis allé voir un professeur de chant et je l’ai fait rire. C’est une dame charmante qui m’a donné des exercices à faire quotidiennement. À 75 ans, je devrais être pas mal bon. D’ici là, si je passe par chez vous, venez me voir, je pense qu’y’a assez de cœur pis de musique dans ce projet-là pour passer une bonne soirée…

 

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Je vous en offre quelques unes pour vous faire l’oreille. Mais pour entendre ma préférée (La Valse Qui Console), allez ramasser l’album chez votre disquaire!

René Lussier – On Reste au Lit [Télécharger]

René Lussier – Le Doorman [Télécharger]

3 thoughts on “J’ai de la chance

  1. J’ai mis ça sur ma page FACEBOOK il y a longtemps au moins 1 an et je l’ai remis il y a 2 jours pour Sophie Pomerleau!

    C’est exvellent…il est dans mes TOP Facebook!

Pas de gêne, là. Commentez.