Le mien, en chaise roulante

Écouter Neil Young (période After The Gold Rush) ou Johnny Cash (période fin de vie et renaissance de carrière Solitary Man) nous a fait réfléchir à propos des oeuvres et des artistes qui ont réussi à émouvoir par des œuvres belles, grandiloquentes ou simplissimes. Le décès de Hugh Hopper nous a conduit à Soft Machine. Et parler de la Machine Molle, c’est inévitablement se retrouver sur le chemin de Robert Wyatt, un artiste total.

Le fondateur de Soft Machine s’est distingué bien sûr par son fin jeu de batterie (proche du jazz) et une voix émouvante aux accents très caractéristiques très proche du registre de haute-contre. Après s’être lancé dans la création et l’expérimentation, il a fondé Matching Mole avec Phil Miller, Dave McRae, Bill McCormick et David Sinclair avant de vivre une expérience déterminante pour la suite de son existence : il a subi un grave accident – une chute de quatre étages (confirmée par Chris Cutler à qui j’ai posé la question alors qu’il se produisait à Victoriaville) qui l’a laissé paralysé des deux jambes. Pas le meilleur des sorts, pour un percussionniste de talent! Wyatt abandonna son groupe et la batterie, et entama une prolifique carrière solo (production de plusieurs albums où il exécute la plupart des parties musicales).

C’est en 1974 que Robert Wyatt a lancé Rock Bottom pour lequel on lui a décerné le grand prix du disque Charles Cros. L’album a été produit par Nick Mason (Pink Floyd), avec notamment Mike Oldfield, le poète Ivor Cutler, Hugh Hopper, Fred Frith guitariste du groupe Henry Cow et le trompettiste Sud-Africain Mongezi Feza. Il a été répertorié comme l’un des chefs-d’œuvres les plus originaux de l’histoire du rock et des 100 meilleurs albums de tous les temps (Alain Dister, Rolling Stones). À mon sens, Rock Bottom représente une pierre angulaire des musiques de création. Sea Song risque de contaminer votre cerveau à vie, tellement elle est belle, prenante, touchante et émotionnellement forte.

Wyatt a consacré une partie de sa vie à défendre des idéaux de gauche (il est devenu porte-parole du Parti Communiste Britannique) et son interprétation de la chanson anti-guerre des Malouines d’Elvis Costello « Shipbuilding » s’est avérée un grand succès au Royaume Uni. Sa discographie des années 80 a servi d’exutoire à sa pensée politique, anti-Tatcher, anti-américaine et anti-capitaliste (Nothing Can Stop Us, Old Rottenhat). On y découvre aussi un artiste inspiré, une voix bouleversante et des idées altermondialistes développées bien avant même la création de l’épithète. L’influence de Wyatt se fait sentir sur plusieurs générations de musiciens en Angleterre, en France, aux États-Unis et partout à travers le monde.

wyatt-happy

J’ai très souvent imaginé à quoi ressemblerait un concert de Robert Wyatt, accompagné d’un groupe de musiciens assez sensibles pour prendre l’oeuvre du britannique et la secouer. Le Festival de Musique Actuelle de Victoriaville aura-t-il le courage de sélectionner un projet de ce genre? Avouez qu’on sévanouirait de bonheur! En janvier 2003, la quatrième chaîne de la BBC a diffusé ‘Free Will and Testament’ permettant de voir (dans le contexte de qualité habituel de la BBC) Robert Wyatt interpréter ses oeuvres. Du bonbon.

Robert Wyatt : voix, trompette
Annie Whitehead : trombone, voix et direction
Jennifer Maidman : guitare, voix
Liam Genockey : batterie
Janette Mason : claviers
Dudley Phillips : basse
Larry Stabbins :saxophone
Harry Beckett : trompette
Paul Weller : slide guitare.

2 thoughts on “Le mien, en chaise roulante

  1. J’écrivais : »Festival de Musique Actuelle de Victoriaville aura-t-il le courage de sélectionner un projet de ce genre? Avouez qu’on sévanouirait de bonheur! » -- Je ne suis pas trop loin on dirait puisque Comicoperando est à l’affiche au FIMAV 2011. Un billet d’avion pour Wyatt, aller-retour Londres-Victo !

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