Sur la pointe des pieds

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Herbert Khaury – chanteur américain, pionnier de la renaissance du ukulele et archiviste musical aux connaissances quasi illimitées – s’est fait connaître sous le nom d’artiste Tiny Tim. Il s’est rendu célèbre pour son interprétation de « Tiptoe Through the Tulips » chantée aves une tonalité très particulière, mélange de falsetto vibrato forcé (alors qu’il possédait une voix naturelle de baryton). Après avoir exposé en public la découverte de sa nouvelle voix, Khaury va de scène en scène, à des concours de talents locaux où il se produit sous différents noms de scène (Darry Dover, Vernon Castle, Larry Love, Judas K. Foxglove) avant d’opter pour son célèbre nom de scène.

 

Tiny Tim a été malheureusement victime de son sens aigu du showbiz, du bizarre et de l’étrange. Sa célébrité tient autant à son étrange voix qu’à sa gueule particulière; il a accepté de se marier avec Victoria Mae Budinger (« Miss Vicki ») au Tonight Show de Johnny Carson, un coup publicitaire qui a attiré plus de 40 millions de téléspectateurs. 9 mois plus tard, le couple annonçait l’arrivée prochaine de la cigogne; les humoristes se sont emparés de l’histoire et s’amusaient à suggérer qu’on appelle l’enfant VicTim!

 

On est en 1969. La jeunesse baigne dans la culture flower power, l’Amérique est en mutation profonde et voilà cet étrange chose à la voix féminine qui s’intéresse au 78 tours et aux vieilles chansons du début du siècle. Tiny Tim s’est produit au célèbre Festival de l’île de Wight en 1970 devant une foule de 600,000 personnes devant lesquelles il a chanté « There’ll Always Be an England » à travers un mégaphone! Il est tombé dans l’oubli – du moins parmi le grand public – avant de renaître sur scène et sur disque en compagnie de Brave Combo, un ensemble de polka de grande qualité originaire du Texas composé de musiciens qui avaient bien compris l’essence de son immense talent, contrairement aux promoteurs véreux qui l’exploitaient ici et là.

 

À regarder les documents télévisuels de l’époque, on comprend rapidement qu’il était une commodité, un bouche-trou entre deux entrevues. Les producteurs ne mettaient pas trop d’enthousiasme à faire connaître son immense savoir et cherchaient surtout à exploiter l’aspect spectacle de sa personnalité. Et c’est là, le grand drame de Tiny Tim. Regardez-le présenter ses pièces, sérieux comme un DJ et en même temps, conscient de l’aspect dérisoire de sa présentation. Je sais, ça fait plusieurs fois que j’en parle. Mais après avoir vu une photo de son corps circuler sur internet, quelques jours après sa mort, je me suis dit que Herbert Khaury méritait bien plus que cela.

 

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