Les caqueteuses du Minnesota

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À VOIR ABSOLUMENT !

Qui : Les New Cackle Sisters
Quand : 30 juillet 19:00
Où : Espace 400ème, Vieux-Port de Québec>

Le Québec aura mis au monde les surréalistes soeurs Dessurreault et l’Oncle Sam les soeurs DeZurik ! Le jeu de mots – phonétiquement agréable, mais un peu cheap je l’admets – ne rend pas tout à fait justice à l’incroyable succès de celles qu’on a aussi surnommé The Cackle Sisters. Mary Jane et Carolyn Dezurik sont apparues dans le paysage musical radiophonique pendant la deuxième moitié des années 30. Elles ont été les premières femmes à devenir en même temps stars au National Barn Dance et au célèbre Grand Ole Opry Show, principalement à cause de leur yodel très original.

Les soeurs DeZurik ont été élevées sur une ferme de Royalton (Minnesota) au sein d’une famille très portée sur la musique (père violoniste, soeurs chanteuses, frère accordéoniste et guitariste). Inspirées par leur famille et les sons environnants (bruits de la ferme, cris d’animaux, de poules et d’oiseaux), elle ont développé un répertoire et un style musical charmant, dévastateur – voire carrément obsédant – composé de notes haut-perchées, de petits cris et d’un yodel qui risque de vous faire lever le poil sur les bras si vous êtes moindrement sensibles à ce genre d’inflexions vocales.

Après des apparitions régulières à la radio de Chicago, elles ont été embauchées pour chanter à l’émission Purina Mills’ Checkerboard Time où elles ont été présentées pour la première fois sous le nom The Cackle Sisters. Six chansons de leur répertoires ont été immortalisées sur disque et il existe quelques enregistrements de leur performance à la radio. On doit rendre hommage à ces pionnières du Sud des États-Unis qui, comme des dizaines d’autres en cette période d’avant-guerre (Lulu Belle, Roba Stanley, Coon Creek Girls, Aaron Sisters, Carter Family, Patsy Montana, Leatherman Sisters, Southlands Ladies Quartette), se sont approprié l’héritage de la musique country américaine et ont réussi à s’établir musicalement dans un monde d’hommes.



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Le répertoire plutôt singulier des Dezurik Sisters est demeuré plutôt confidentiel au cours des décennies qui ont suivi et le serait probablement resté si des archivistes maniaques n’avaient pas eu la bonne idée de faire circuler sur le Web le témoignage audio de leurs caquètements et de leur sens naturel de l’harmonisation. L’Homme Scalp et ses amis mélomanes (tiens! voilà que je parle de moi à la troisième personne!) sont tombés sous le charme et les pièces disponibles se sont rapidement retrouvées dans leur discothèque. Et il faut remercier pour ça les auteurs du projet 365 Days qui ont eu la bonne idée de nous les faire connaître dès 2003, l’étiquette Trikont pour la publication de l’album Flowers In The Wildwood – Women In Early Country Music 1923-1939 et le site web de la station indépendante WFMU pour la publication des enregistrements de l’émission de radio Purina Mills’ Checkerboard Time.

Petit train va loin, faut croire. Les chansons enregistrées par les belles du poulailler ont fait l’objet d’un bouche à oreille efficace et se sont retrouvées entre les mains (et les oreilles) des artistes Gabrielle Bouthillier (merveilleuse collaboratrice de Strada) et Danya Ortmann (talentueuse vocaliste de jazz) qui ont décidé d’en faire un projet de recherche approfondie, d’apprendre le répertoire et de le présenter devant leur public des petites salles de Québec et des bars spectacles du Quartier Saint-Jean-Baptiste. Avec l’aide de l’Orchestre d’Hommes-Orchestre (un surprenant combo de musiciens et acteurs dédiés à la réactualisation de vieux répertoire, de l’oeuvre de Tom Waits et à l’invention de nouvelles manières de présenter la musique), elles ont préparé un spectacle unique qui fera sa place et récoltera très certainement un appui critique et populaire. Présenté en privé devant un public restreint, le concert « post-laboratoire » s’est terminé en une pluie d’éloges. Les spectateurs (j’y étais) ont apprécié le côté ludique des Hommes-Orchestre et le considérable travail de recherche musical des New Cackle Sisters.



Non, les New Cackle Sisters ne lanceront pas d’albums pour témoigner de leur travail. Il faudra vous déplacer pour les voir. Ne vous attendez pas à un bête spectacle-hommage, à un concert d’imitatrices ou à un sage concert à saveur historique. Vous aurez plutôt droit à une relecture passionnante d’une culture oubliée dont les racines ne sont pourtant pas si loin des nôtres. Gabrielle et Danya ont aussi eu la bonne idée de ne pas emprunter un accent sudiste américain et de conserver le caractère unique et la personnalité de leur propre voix. Ce qui donne au résultat une authenticité indéniable, autant du point de vue de l’interprète que de celui de l’oeuvre originale.

Générique du spectacle:

Les New Cackle Sisters : Danya Ortmann, Gabrielle Bouthillier
Guitariste : Jasmin Cloutier
Leurs machinistes : Bruno Bouchard, Simon Drouin et Simon Elmaleh


The DeZurik (Cackle) Sisters – Checkerboard Time Radio Show Recordings

One thought on “Les caqueteuses du Minnesota

  1. Merci de me l’avoir rappelé… sinon je l’aurais manqué. D’ailleurs, je m’attendais à voir la famille Scalp au complet. Spectacle plus serré (65 minutes de pur délice) que la version préalable que nous avions vu à Méduse. Il n’y avait qu’un seul machiniste sur scène, ce qui laisse plus de place à la prestation musicale… encore plus raffinée, il va sans dire. Pour un spectacle presque confidentiel (je n’ai pas vu ni entendu d’annonce), il y avait quand même quelques centaines de personnes pour remplir les gradins de cette petite scène assez discrète (personne dans le staff de l’espace 400e ne semblait savoir où se déroulait ce spectacle). Les sourires sur tous les visages et une standing ovation à la fin ont démontré l’appréciation des petits et des grands pour la découverte musicale… d’autant plus que Danya et Gabrielle étaient au sommet de leur art dans toute leur belle complicité.

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