Ostin d’beu !

Don Van Vliet (né Don Glen Vliet), mieux connu sous le nom Captain Beefheart, est décédé le 17 décembre dernier. Le chanteur, peintre et sculpteur a surpris tout le monde dès 1967 avec l’extraordinaire Safe As Milk (avec un certain Ry Cooder à la guitare), suivi de Strictly Personal et s’est mis au monde artistiquement l’annéee suivante avec le décapant Trout Mask Replica produit en entier et quasiment d’une traite dans le studio où l’avait conduit son ami Frank Zappa. Un chef-d’oeuvre incontesté à la démarche iconoclaste, un monument de la musique avant-gardiste, primitive et dadaïste.

Il partageait avec le leader des Mothers of Invention un goût immodéré pour le blues, les voix nègres et racailleuses (dont il s’est inspiré assez largement grâce à ses talents d’imitateur de Howling Wolf). Le groupe prothéiforme qui l’a accompagné a servi une musique très inspirée dans laquelle se côtoyaient anarchiquement blues, funk, soul, rock, jazz et exploration sans frontière. C’est précisément par cette démarche et aussi en raison de la poésie surréaliste de ses textes que Beefheart est demeuré dans l’ombre. Une tentative de virage plus commerciale amorcée par un gérant arriviste n’a pas vraiment donné de résultats, mais l’artiste a de nouveau reformé le Magic Band pour des heures et des heures de plaisir. Beefheart a abandonné définitivement la musique et s’est consacré à son oeuvre picturale rupestre, atteint par la sclérose en plaques qui a finalement eu raison de lui.

« S’il y a jamais eu un génie dans l’histoire de la musique populaire, c’est Beefheart. J’ai entendu des échos de sa musique dans quelques un des disques que j’ai écoutés la semaine dernière et j’entendrai d’autres écho dans la musique que j’écouterai cette semaine » John Peel, animateur de la BBC

3 thoughts on “Ostin d’beu !

  1. Cet homme plein de fraîcheur et de jeunesse avait, entre autres, une mission en musique: briser l’état catatonique dans lequel nous plonge les rythmes réguliers des chansons commerciales.

    Bien que sa carrière musicale s’étende de 1964 à 1982, j’ose prétendre que sa musique est encore jeune, bien au-delà des limites de la péremption; assumée, à la fois pertinente et impertinente, anti-sommeil, nourrissante, éclatante de vie.

    M. Brindamour, vous avez pondu un texte bien ramassé. Merci.

  2. J’ai passé deux sélections du Captain hier soir à CKRL (podcast disponible bientôt). Dans la frénésie du moment, j’ai oublié de te citer comme collaborateur dans le choix des pièces.

    Éric, you sure know your stuff !

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