Cinéma de l’intérieur

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Je rentre tout juste de voir le film TOUT CE QUE TU POSSÈDES de Bernard Émond. Quelques impressions avant que j’oublie:

Visionner une œuvre du réalisateur de « La Donation » tient peut-être pour certains de l’expérience mystique; bien que je retire de la projection un sentiment bienfaisant empreint de sérénité, je retiens aussi – et encore plus – le plaisir tout simple d’avoir contemplé des images bien travaillées (mais pas trop), et surtout un cinéma signifiant. Émond ne manque pas son coup parce que l’histoire qu’il nous propose est simple et solide; elle se suffit en elle-même et n’a donc pas besoin d’effets superflus pour arriver à nous atteindre.

Oubliez les leçons d’éthique et de théologie distribuées par le réalisateur au cours des dernières semaines et entrez dans ce film aussi simplement qu’il vous est offert. Le comédien Patrick Drolet (brillant!) n’a pas besoin de vous jeter de la poudre aux yeux pour vous convaincre de vous intéresser à ce professeur de littérature obsédé par la poésie d’un confidentiel auteur polonais – au fil des traductions, vous risquez d’être conquis – dont la vie est bouleversée par l’apparition soudaine d’une jeune fille de 14 ans qui squatte son quartier, sa rue, sa maison et, ultimement, son intimité.

Oui, le cinéma québécois fait dans la lenteur et le plan fixe depuis quelques années. On aurait envie de dire aux réalisateurs émergents qu’ils fabriquent aussi des images en mouvement et que leur cinéma traîne un peu en longueur. Mais je ne vois pas – dans le cas de Bernard Émond – d’autres façons de partager un tel imaginaire. TOUT CE QUE TU POSSÈDES est une expérience humaine et spirituelle qui entraîne une sensation apaisante en raison d’un contact privilégié avec l’intérieur.

* Le film est tourné en grande partie dans les rues du Vieux-Québec, entre les escaliers qui séparent la Basse et la Haute Ville, en Pologne et à Saint-Pacôme. Le réalisateur n’utilise pas le charme discret (et touristique) de Québec pour en faire un personnage; je crois que c’est une très bonne idée.

** La jeune comédienne Willia Ferland-Tanguay est bien dirigée. Une découverte.

*** Le compositeur Robert Marcel Lepage offre une musique impeccable, comme toujours. Il en a fait du chemin depuis la première fois où je l’ai vu sur la scène du Cinéma Cartier accompagné de René Lussier, alors qu’ils improvisaient (en direct!) la musique du film d’animation CHANTS ET DANSES DU MONDE INANIMÉ – LE MÉTRO dont la pellicule était grattée (en direct!) par Pierre Hébert au milieu des années 80.

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