JUN MIYAKE : Exotisme et raffinement

Je suis tombé sous le charme des albums de JUN MIYAKE. Il faut absolument que je consigne mes impressions, mais je doute être capable d’extraire un quelconque précipité de la dilution de son œuvre. Allez, je me lance.

Jun Miyake a été découvert par Terumasa Hino (légendaire musicien de jazz japonais), a débuté comme trompettiste de jazz et est un diplômé du Berklee College of Music. Artiste influent et compositeur à succès, il a produit 13 albums solo, a travaillé sur des films, des documentaires, des spectacles de danse, de la publicité, des pièces de théâtre, et a été producteur pour de nombreux artistes. Il a collaboré avec Pina Bausch, Wim Wenders, Robert Wilson, Oliver Stone, Hal Willner, Arto Lindsay, Peter Scherer, Arthur H, Vinicius Cantuaria, David Byrne, Grace Jones, Gavin Friday, Ron Carter, Michael Brecker, la liste est longue.

Miyake a publié trois albums remarquables entre 1999 et 2000 : GLAM EXOTICA, MONDO EROTICA et INNOCENT BOSSA IN THE MIRROR. Les trois univers ou genre musicaux étant parfaitement maîtrisés par l’arrangeur, celui-ci a choisi de s’en servir pour une exploration des thèmes ‘exotisme’, ‘érotisme’ et innocence’, « trois sujets qui me motivent vraiment », comme il l’affirmait en entrevue.

MIYAKE 1

Arrêtons-nous sur GLAM EXOTICA, une réussite parfaite et un petit bijou bien ciselé. Jun Miyake expliquait : « J’ai toujours fait des rencontres mystérieuses et exotiques en pays étrangers. Peu importe où je vais, des créatures féériques que j’appelle ‘exoticas’ font surface sur la pointe des pieds. Pour les aider à s’épanouir, je propose le ‘colonialisme musical’. Laissons les séduisants ‘exoticas’ se reproduire dans le continuum espace-temps. » Avec la collaboration de musiciens brillants et accomplis (marimbiste Midori Takada, guitaristes Hiroki Komazawa et Masahiro Itami, harpiste Tomoyuki Asakawa, percussionniste Mataro Misawa et 8 violonistes dédiés corps et âme au projet), JUN MIYAKE offre une expérience sensorielle mélodique et rythmique de haut niveau qui laisse l’auditeur pantois devant tant de magnificence.

On reconnait pêle-mêle (mais n’allons pas croire qu’on a confié au hasard un tel résultat), des incursions dans le jazz brésilien, le bossa-nova, le mambo et une évocation de la musique sirupeuse de Les Baxter et Martin Denny. Loin de s’arrêter là, les arrangements de Miyake citent aussi en référence et en clin d’œil le folk irlandais, les cuivres ska, les ensembles vocaux féminins des années 40, Nino Rota, Kurt Weil, Erik Satie (partout sur l’album!), Juan Garcia Esquivel, le boléro, la culture traditionnelle japonaise, indienne, hawaïenne, le calypso de Trinidad dans un bouillon chaud, odorant et sensuel qui rappelle parfois l’univers de Laurie Anderson – période Mister Heartbreak – et (encore plus) celui du légendaire compositeur Van Dyke Parks.

Une superstar dans son pays et en Europe, JUN MIYAKE mérite d’être mieux reconnu ici. La situation risque de changer en raison de sa participation à la trame sonore du magnifique film PINA de Wim Wenders qui rend hommage au travail de la chorégraphe allemande Pina Bausch.

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