FIMAV 2016 : Fet.Nat

Les Hullois FET.NAT sont le cauchemar des « invisibles », ces spectateurs qui craignent par-dessus tout d’être regardés ou interpelés par l’artiste sur la scène. Le poète slammeur JFNO, après quelques tentatives infructueuses de faire réagir le public du Festival International de Musique Actuelle de Victoriaville, s’est gentiment impatienté et a décidé de faire réagir les spectateurs apathiques, assis et décidément trop sages. Jean-François Nault en a vu d’autres. Ancien animateur de mascottes, autrefois frontman des Junkyard Dogs et de Medecine Chest, il a 1200 spectacles derrière la cravate. Il hurle, les harangue – en pointe même quelques uns du doigt – et les supplie de décroiser leurs bras et leurs jambes. Après plusieurs concerts « assis », même les moins danseurs sont rapidement tentés au moins de se lever. Plusieurs commencent même à s’amuser. Le fun prend. Pas du délire, mais au moins une communication est établie.

Le groupe Fet.Nat est une étrange soupe fabriquée de quelques aliments de base (un peu punky, très rock underground, allemand) avec des épices jazz, free et électronique. J’y ai vu ou entendu un peu de PERE UBU dans la présence du chanteur, un peu de NO SECRET IN THE FAMILY, d’autres ont perçu des réminiscences des Virginiens THE ORTHOTONICS. Pas du tout un band de guitares. Pas d’orgie de claviers. Et un batteur tellement efficace! La frappe sûre et précise de OLIVIER FAIRFIELD m’a fait penser que j’aurais aimé traîner là quelques énervés de la cymbale et des gros kits de drums pour leur montrer tout ce qu’on peut faire avec une grande caisse claire seulement. Le guitariste PIERRE-LUC CLÉMENT a fourni les riffs, avec entêtement et compulsion. Le saxophoniste LINSEY WELLMAN n’était pas là pour faire du sirop. Un style hachuré et ostinato, comme on dit sur les partitions! Il multipliait les invitations au public, presque fâché d’avoir à en faire autant pour ramasser ce public apathique.

Les organisateurs du FIMAV doivent probablement déjà s’en rendre compte: la clientèle du Festival vieillit. C’est comme ça depuis un bon bout de temps et on le sentait l’an dernier au concert des très dynamiques DEERHOOF. Des cinquantenaires assis, entourés de jeunes qui veulent danser et s’éclater. On sent comme un clivage entre les spectateurs. Beaucoup de réflexion à venir pour la relève du fondateur de l’événement Michel Levasseur qui voit déjà le moment d’assurer la pérennité du FIMAV, de passer le flambeau à une jeune relève, à d’autres plus jeunes, plus fous, pour faire danser les bougalous, comme le dit la formule consacrée!

La musique de Fet.Nat est drette ici !

Pas de gêne, là. Commentez.