E = McLHS

Que peut-on ajouter de pertinent et d’anthologique à la cosmogonie Beatlesque ? Difficile de répondre à cette épineuse question. Je m’étais mis en tête, il y a quelques années, d’amasser et de boire jusqu’à plus soif la totalité des versions des chansons du quatuor de Liverpool (pauvre naïf!) avant de comprendre que la popularité du groupe dépassait toute compréhension et qu’il s’avérait impossible d’accomplir cet ouvrage titanesque, tant il y avait des millions et des millions de musiciens en herbe ou de prodiges patentés à avoir contribué à leur rendre « hommage », dans tout ce que ce terme a d’obséquieux et d’insupportable. Après avoir tenté de recompiler tous les albums des Beatles avec les meilleures ou les plus étranges versions de leurs chansons, j’ai dû m’arrêter tellement le choix s’avérait difficile. La perte du contenu de mes fichiers Beatles (des dizaines de gigs) a finalement eu raison de cet ambitieux projet au grand désespoir des lecteurs qui les collectionnaient passionnément.

Le 1er juin 1967, jour de mon 4è anniversaire de naissance, EMI lançait l’album « concept » SERGENT PEPPER’S LONELY HEARTS CLUB BAND. Il s’agissait d’un authentique « album de studio » composé et arrangé par John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et (dans une moindre mesure) Ringo Starr — sans oublier bien entendu le producteur George Martin. Il a été qualifié de « pierre angulaire de l’histoire de la musique et de la culture populaire de la seconde moitié du XXe siècle » (merci Wikipedia) par les exégètes et les critiques. Tout l’album est un coffre aux trésors remarquable qui témoigne particulièrement de l’état d’esprit de ses créateurs, libérés des contraintes de producteurs, et entourés d’ingénieurs de grand talent capables de faire jaillir des perles brillantes à partir d’ébauches des compositeurs, d’erreurs de manipulation, des lacunes techniques des musiciens et d’expérimentations ludiques inspirées des fréquentations artistiques de l’époque.

Inquiet par la perte de ses capacités auditives, George Martin a demandé à son fils Giles Martin de
s’attaquer au travail de remixage de SPLHCB en utilisant les bandes maîtresses du premier mix stéréo; il a fait ressortir certains éléments rythmiques, éclairci les voix, fait apparaître des parties de clavier et donné du oumph sans vraiment trahir l’esprit de l’oeuvre originale. Les maniaques vont avaler ça tout rond; les autres vont peut-être crier à l’exploitation éhontée du catalogue des Beatles. Pour les oreilles curieuses des amateurs qui connaissent cet album par cœur, il y a là-dedans un travail d’orfèvre indéniable et une relecture très agréable de l’Orchestre des cœurs solitaires. J’ai découvert que les 4 gars ont proposé au départ de chanter en chorale le fameux accord de mi majeur qu’ils ont remplacé par 4 pianos synchro. On en apprend à tous les jours.

Pas de gêne, là. Commentez.